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Rimbaud, peinture d'Edvard Munch, 1896.
Arthur Rimbaud

"On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans"
- Petit poème savoureux qui, sans être tristement nostalgique, rappelle les embruns de l'adolescence amoureuse, l'inconscience, l'idéal, la douceur de vivre, la cruauté de la beauté et des jeunes filles, déjà ... Je me souviens en avoir fait un "pastiche" (sans prétention aucune) à mes quinze ans, pour impressionner une petite copine. Je vous mettrai sûrement cette anecdote rimée dès que je la retrouverai ... dans tout mon fatras!
"Sensation" - C'est du côté de par chez mes parents, dans la bonne vieille Picardie, pas si profonde que ça, au cours, sinueux, de mon adolescence, que j'ai pu expérimenter ce poème. Durant mes fugaces et fréquentes fugues dans la campagne aux champs à l'éperdu horizon, je me remémorais ces rimes et laissais le vent baigner ma tête nue et, maintenant, je peux le dire ... heureux comme avec une femme.
"Ophélie" - Ce poème, et plus précisément le Hamlet, font que ma fille, doux trésor inestimable, a eu la douce providence de se prénommer Ophélie. La délicate fragilité de la dramatique héroïne de Shakespeare, ainsi que la force de son amour, m'ont touché sensiblement. Arthur nous la dépeint ici, elle et son tragique destin, comme je la vois personnellement. Il était un visionnaire, certes, mais aussi un grand voyant.
"Le Mal" - Je suis tombé sur ce petit délice pendant l'une de mes multiples errances dans ma bibliothèque. Les quelques derniers vers ont rappelé, à l'époque, à ma mémoire un virulent poème christique que j'écrivis.
"Le dormeur du val" - C'est à la lecture de ce nectar notoire que ma rencontre avec Arthur se fit. J'étais très jeune, je ne connaissais pas grand chose à la poésie (juste un peu moins que maintenant en fait), ça m'a piqué et rendu dépendant.
Lord George Gordon Byron
George Gordon Byron, Lord

"She walks in beauty"
- Parce que c'est Lord Byron. Et parce que ce type-là est un monument du Romantisme. Sa vie est un roman épique, sa poésie est d'une beauté noire et ténébreuse, sa prose est puissante et héroïque! Cette désespérance ... cette soif d'indépendance ... recherche de l'absolu ... jusqu'au-boutiste fataliste ... Il y a plus noir et maudit que l'oeuvre de Byron, il y a lui-même. Ce poème n'est certes pas révélateur mais il m'a marqué et je trouve sa musicalité enivrante, en anglais. C'est d'ailleurs suite à la lecture de ce chef-d'oeuvre que je me suis essayé à l'écriture de poèmes dans la langue de Byron. Il y a des lustres... des lustres...

There is a pleasure in the pathless woods

He Who ascends to mountain-tops

Stanzas for Music




Roman - Arthur Rimbaud.

I

On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.
Un beau soir - foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants! -
On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin.
L'air est parfois si doux qu'on ferme la paupière
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière.

II

Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon
D'azur sombre encadré d'une petite branche,
Piqué d'une mauvaise étoile qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche.

Nuit de juin ! Dix-sept ans !... On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête.
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite, là, comme une petite bête.
Arthur
Arthur Rimbaud - Haut de page
Rimbaud
III

Le coeur fou robinsonne à travers les romans,
Lorsque dans la clarté pâle d'un réverbère
(je disais toujours: dans la clarté d'un pâle réverbère...),
Passe une demoiselle aux petits airs charmants
Sous l'ombre du faux-col de son père.

Et comme elle vous trouve immensément naïf
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne alerte et d'un mouvement vif.
Sur vos lèvres, alors, meurent les cavatines.

IV

Vous êtes amoureux, loué jusqu'au mois d'août !
Vous êtes amoureux : vos sonnets la font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
-Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire.

Ce soir-là, vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade...
On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.


Sensation - Arthur Rimbaud.
Mars 1870

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Arthur
Arthur Rimbaud - Haut de page
Rimbaud
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme.


Ophélie - Arthur Rimbaud.
15 Mai 1870

I

Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir,
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile:
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or.
Arthur
Arthur Rimbaud - Haut de page
Rimbaud
II

Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
- C'est que les vents tombant des grand monts de Norwège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté;

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits;

C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux.
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu;
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'Infini terrible effara ton oeil bleu !
III

- Et le poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis;
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.


Le Mal - Arthur Rimbaud.

Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu;
Qu'écarlates ou vertes, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu;

Tandis qu'une folie épouvantable broie
Et fait de cent milliers d'hommes un tas fumant;
- Pauvres morts ! dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie,
Nature ! Ô toi qui fis ces hommes saintement!... -
Arthur
Arthur Rimbaud - Haut de page
Rimbaud
- Il est un Dieu, qui tir aux nappes damassées
Des autels, à l'encens, aux grands calices d'or;
Qui dans le bercement des hosannas s'endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l'angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir!


Le dormeur du val - Arthur Rimbaud.
Octobre 1870

C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Arthur
Arthur Rimbaud - Haut de page
Rimbaud
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme:
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.


Lord Byron - She walks in beauty

She walks in beauty like the night
Of cloudless climes and starry skies,
And all that's best of dark and bright
Meet in her aspect and her eyes;
Thus mellowed to the tender light
Which heaven to gaudy day denies.
One ray the more, one shade the less
Had half impair'd the nameless grace
Which waves in every raven tress
Or softly lightens o'er her face,
Where thoughts serenely sweet express
How pure, how dear their dwelling place.
And on that cheek and o'er that brow
So soft, so calm yet eloquent,
The smiles that win, the tints that glow
But tell of days in goodness spent
A mind at peace with all below,
A heart whose love is innocent.
George Gordon
George Gordon Byron - Haut de page
Lord Byron
Dans sa démarche elle a la beauté de la nuit
Des climats sans nuage et des cieux étoilés.
Tout ce qu'on peut rêver dans l'ombre de ce qui luit
Vient dans son corps et dans ses yeux se rassembler:
Une lumière tendre au velouté de fruit
Que refuse le ciel au jour bariolé.
Un seul rayon de moins, une ombre en plus à peine,
Et l'on verrait pâlir l'indicible beauté
Qui fait flotter au vent chaque natte d'ébène
Ou sur ses traits se pose avec légèreté.
C'est là que des pensées d'une douceur sereine
En un lieu tendre et pur ont choisi d'habiter.
Eclairant cette joue et ce front délicats,
Si calmes et si doux, pourtant pleins d'éloquence,
Le sourire vainqueur, le teint et son éclat,
Ne parlent que de jours vécus dans la confiance,
Esprit en paix avec toute chose ici-bas,
Coeur dans lequel l'amour respire l'innocence!


Lord Byron - There is a pleasure in the pathless woods
Le Pélerinage de Childe Harold, Canto IV, Verse 178

THERE is a pleasure in the pathless woods, On goûte un pur plaisir dans les bois sans chemins,
To the
top
There is a rapture on the lonely shore,
There is society, where none intrudes,
By the deep sea, and music in its roar:
I love not man the less, but Nature more,
From these our interviews, in which I steal
From all I may be, or have been before,
To mingle with the Universe, and feel
Sur la grève déserte une extase infinie,
Une fraternité loin de tout être humain
Au bord des flots dont le fracas est harmonie.
Je n'en aime pas moins l'homme mais communie
A la Nature en ce dialogue où m'arracher
A tout ce je suis ou ce que fut ma vie
Pour me mêler à l'Univers, y épancher
What I can ne'er express, yet cannot all conceal. L'inexprimable en moi, que pourtant je ne puis cacher.


Lord Byron - He Who Ascends to Mountain-Tops
Le Pélerinage de Childe Harold, Canto III, Verse 45

HE who ascends to the mountain-tops shall find
The loftiest peaks most wrapt in clouds and snow;
He who surpasses or subdues mankind,
Must look down on the hate of those below.
Though high above the sun of glory glow,
And far beneath the earth and ocean spread,
Round him are icy rocks, and loudly blow
Contending tempests on his naked head.
Lord Byron, George Gordon
And thus rewards the toils which to those summits led.


Lord Byron - Stanzas for Music

THERE Be none of Beauty's daughters
With a magic like thee;
And like music on the waters
Is thy sweet voice to me;
WHEN, as if its sound were causing
The charmed ocean's pausing,
The waves li still and gleaming,
And the lull'd winds seem dreaming.
And the

Whose

So the
With a
Like
midnight moon is weaving
Her bright chain o'er the deep,
breast is gently heaving
As an infant's asleep:
sprit bows before thee,
full but soft emotion,
the smell of Summer's ocean.
To the top
Lord Byron, George Gordon