Retour aux Havres Le Silmarillion, Mythes et Légendes des Terres du Milieu  
"Il y eut Eru, le premier, qu'en Arda on appelle Ilúvatar; il créa d'abord les Ainur, les Bénis, qu'il engendra de sa pensée, et ceux-là furent avec lui avant que nulle chose ne fût créée." Ainsi débute Le Silmarillion...
"Ici se termine le SILMARILLION. De la grandeur et de la beauté il est descendu jusqu'à la ruine et aux ténèbres qui furent jadis le sort d'Arda la Blessée. Si cela doit changer, si la blessure doit guérir, Manwë et Varda le savent peut-être, mais ils ne l'ont pas encore annoncé, non plus que les sentences de Mandos." Ainsi prend fin le Silmarillion. Enfin, pour être plus juste, il y a encore Akallabeth, la Chute de Númenor, et un gros résumé sur les Anneaux du Pouvoir de Sauron et du Troisième Age des Terres du Milieu. Mais quand vous en êtes arrivé à Akallabeth, les sept huitièmes de l'Oeuvre biblique sont digérés. Et vous vous dîtes qu'il serait bien de s'en refaire une couche parce que certaines choses vous ont peut-être échappées. Vous avez raison et c'est reparti pour le Chant des Ainur!




 
Le Silmarillion n'est pas, à proprement parler, un livre facile. Son approche, qui plus est si elle est effectuée par un néophyte, est loin d'être aisée. J'ai, pour ma part, tenté sa lecture qu'après celles du Hobbit et du Seigneur des Anneaux. Et même ainsi, son accès ne fut pas une sinécure. Car il faut bien le dire! Le Silmarillion, c'est la bible des Terres du Milieu. Et la Bible ... déjà, pour les croyants, ce n'est pas du petit lait, mais alors pour les athées et autres réfractaires, c'est un chemin de croix. Mais quel chemin de croix! Quel récompense pour le martyr qui a osé l'ascension du Golgotha! On en deviendrait masochiste. Enfin, je suis un peu dur. Il n'y a que le début qui soit quelque peu rébarbatif (Je dis cela, mais après quelques lectures et relectures, le début, je le savoure ... quoique ... le début/début, c'est un peu gnangnan, à mon sens. Faut dire que des choeurs d'église piaffant dans tous les sens, dans un Vide éthéré, j'accroche pas.), la suite est plus digeste. A partir du moment où Melkor a commencé à mettre son gros grain de paprika, ça devient choucard. Pour être honnête, sans lui, cet Univers deviendrait vite un endroit merveilleux, où tout le monde s'emmerde car il ne s'y passe rien. Loin de moi l' idée de faire l'apologie du Mal (et en ce qui concerne Melkor, on est bien loti!), mais il faut bien avouer que quand il s'agit de déconner un peu, sa présence n'a jamais été superflue.
 
Melkor, au niveau freudien, c'est le vilain fiston qui veut prendre la place de son papa, par tous les moyens, ou pour le moins, tenter de faire mieux que lui pour lui prouver qu'il est le meilleur de ses rejetons. D'autres que lui ont pleinement réussi leur émancipation parricide. Zeus, par exemple, pour ne pas le nommer. Pour ce qui concerne Melkor, il se fait de suite rabrouer gentiment. Il en garde une certaine rancoeur jalouse, évite la compagnie de sa fratrie et fomente de noirs desseins.





A l'inverse de Midas qui changeait en or tout ce qu'il touchait, on peut dire que Melkor a le toucher funeste et pernicieux. Ses créations sont noires, difformes, nauséabondes, maléfiques et malignes. De fait, il est le plus puissant des fils d'Illuvatar, mais il utilise sa puissance à mauvais escient et maladroitement. Et puis, l'union faisant la force, les Valar réussissent à éviter la déchéance d'Arda. Même si les séquelles de leur affrontement vont la défigurer à jamais. Le Mal est fait, il est dans la pomme. Bien sûr, Melkor sera vaincu, après maintes félonies, dramatiques et dommageables exactions (la destruction de Gondolin est affligeante - le Destin de Tùrin qui lui est totalement lié, est Shakespearien!). Mais il aura fait des émules!
Car, en fait, le Silmarillion ne s'arrête pas à la Genèse du monde et à l'affrontement divin. Non plus qu'au seul Panthéon, négligeant tout le reste. Le Silmarillion traite de la Naissance des Elfes et des Humains, de la Création des Nains (vous comprendrez pourquoi je fais le distinguo), des expériences et tentatives de corruption de Melkor, puis de Sauron et de leur déchéance respective. Mais il fait aussi la part belle à de petites perles de récits qui nous narrent la Vie de quelques personnages dont les fils directeurs sont ou Melkor, ou les Silmarils.
Toute l'Histoire des Elfes et leur Exode nous est contés, avec pour point d'orgue, la Geste du Grand Faiseur, Fëanor, le créateur des Silmarils, Celui par qui tout arriva (avec l'ingérence de Melkor), "Celui dont les exploits furent la plus grande gloire comme le malheur le plus cruel". La Vaillance de Fingolfin, Grand Roi des Noldor, fière petite étoile dans la noirceur de Morgoth, "le Noir Ennemi du monde" (nom donné par les noldor à Melkor).
La merveilleuse histoire d'Amour de Beren et Luthien qui affrontèrent Morgoth lui-même pour lui soustraire un des Silmarils.
Et, certainement mon personnage préféré de toute l'oeuvre Tolkienienne : Túrin Turambar, le plus Shakespearien des héros du Mythe (sublime à mon goût), dont le destin torturé me fait penser à Hamlet. Taciturne jeune homme dont le père est capturé par Morgoth qui lui donne la faculté de voir tout ce qui arrive à son fils sans qu'il n'y puisse rien.




Pauvre Solitaire qui fuit le bonheur car il sait son Destin funeste, qui change mille fois de nom, pensant berner la Fatalité. Dont la Vie seule est un supplice où il tue de ses propres mains son meilleur ami, Beleg Cuthalion, où il fait un mariage consommé avec sa propre soeur, Niniel, qui se suicide en découvrant la vérité de la gueule même de Glaurung, le Ver.
 
Lui, accusé de trahison, de duplicité et de lâcheté par ceux-là mêmes qu'il chérit et protège, alors qu'il est le tueur du même Glaurung, Père des Dragons de Morgoth. Tout le monde meurt, durant ce récit, c'est typiquement Shakespearien, pathétiquement sublime! Et ce dernier nom qu'il prît Turambar qui signifie "Maître de son Destin", comme un pied de nez naïf et touchant à la destinée de sa Vie... Délicieusement dramatique!
 


Et la chute de Gondolin! Le paradis caché de Turgon. Sorte de Cité idéale, dissimulée aux yeux de Morgoth par le Cercle des Montagnes, Echoriath. Petit joyau immaculé et pur, flétri, noirci, pollué par les démons monstrueux de l'Ennemi. Sa populace bienheureuse perdue dans le chaos. Des faits d'armes qu'Odin ne renierait pas. C'est Apocalyptique! C'est désolant de gâchis! Un peu comme une Atlantide perdue une nouvelle fois. La perfection où l'on se complait, recherchée par tous, piétinée comme un château de sable par le capricieux enfant Sombre qu'est Morgoth! Quand on est pris dans ce Maelström, de sentiments bouleversants en actions d'éclats, de gestes désespérés en larmes de joie, de Royaumes bienheureux en plaines dévastées, de paysages enchanteurs en champs de bataille sanguinolents, alors, on ressent la puissance narrative de Tolkien. Ce type est un Barde touché par la grâce. Il fait ressurgir en nous des sensations de courage, de noblesse de coeur, d'abnégation, mais aussi de haine, de dépit, d'amour qui nous semblent tangibles, intimes, quasi personnels. Son monde est onirique, c'est un fait. Mais une fois qu'on l'a lu, on pourrait dire vécu, on se prête à penser que le voile est ténu entre la réalité et la fiction ...Il est évident que faire ressentir ce qu'est le Silmarillion à un auditoire qui ne l'a pas lu, est une entreprise hasardeuse. Le hasard n'étant pas ma tasse de thé, je ne m'y aventurerai pas. Je vais donc vous donner quelques bases afin que vous appréhendiez cette oeuvre avec un maximum de bagages et de provisions pour un long, très long périple qui si vous le menez à son terme, va vous marquer à vie. C'est tout le mal que je vous souhaite.




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Mais sachez une chose, comme je l'ai écrit au début de mon soliloque (dont je suis friand - encore mon côté Shakespearien), je vous envie, vous qui n'avez pas encore foulé l'herbe des jardins de Lórien, ni vu la Lumière des Arbres de Valinor, qui n'avez oui la harangue de Fëanor, ni suivi Fingolfin à travers les terreurs d'Helcaraxë, qui n'avez admiré la danse de Luthien et le courage sans égal de Beren, ni souffert aux côtés de Túrin, fils d'Hûrin, un Destin au funèbre épilogue. Je vous envie et laissez-moi être votre guide ... Nous arrivons donc dans un lieu vierge de Tout. Le Big-bang est annoncé. Attachez vos ceintures, La Genèse de la plus merveilleuse aventure jamais contée, est offerte à vos yeux ébahis.
Oyez le Destin des Silmarils de Fëanor...
Maglor jetant le dernier des Silmarils à la mer...
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