TEXTES

Voici quelques textes (il y en a tant) qui définissent bien, pour la plupart, l'essence du chat et notre approche tant superficielle que nécessaire, du divin félin. Bien sûr, ce choix est loin d'être exhaustif (nul n'est parfait). C'est pourquoi, d'un ronronnement câlin, je vous engage chaleureusement à déposer votre écot dans mon Email, à droite, si vous avez matière à, comme de bien entendu ...


"Ce n'est pas rien d'être attendu" Les jardins de la nuit, José Cabanis
Le trésor Chats de Paris, Autres bêtes,. Colette.
La fleur Chats de Paris, Autres bêtes, Colette.
Noir Autres bêtes, Chats de Paris, Colette
Chathérapie Thérèse Fichefet
Un chat Judy Gardiner
Ménagerie intime Théophile Gautier
Chat Plume Anne Hébert
Chats en particulier et autres Doris Lessing
Un chat Pierre Loti
Quelque chose à ronronner ?
Un texte
bien léché ?
Venez le lover dans mon Email...

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Le Chat en poésie
A savourer: des poèmes félins


"Ce n'est pas rien d'être attendu"
Les jardins de la nuit, José Cabanis


J' ai recueilli trois chats, j'en avais assez d'un seul. Le premier rôdait autour de la maison, il m'a suffi d'ouvrir une fenêtre, et j'ai ramassé le second sur la route. Ils ont amené le troisième. Je leur tiens de grands discours quand je descends, au petit matin et je les trouve, devant la cheminée, chacun sur sa chaise, ou couchés au bord de la cendre. Ils se sont habitués très vite et installés. Quand je fais un tour dans le parc, ils me suivent d'un peu loin, m'observent, disparaissent, se querellent, chassent dans les taillis et m'attendent, l'air indifférent, sur le chemin du retour. Je reste avec eux le dimanche, sans parler à âme qui vive, qu'à ces trois chats. En semaine ils sont seuls toute la journée et vaquent à leurs affaires, mais j'ai soin de laisser ouverte une fenêtre de la cuisine. Quand je reviens ils me guettent sur le pas de la porte, et je vois que ce n'est pas rien d'être attendu, même par trois chats. Tantôt ils semblent s'aimer tendrement, et dorment emmêlés dans un abandon charmant, tantôt ils se défient du regard et ne tolèrent pas qu'un autre les approche. Je reconnais tout cela. On ne sait jamais exactement ce qu'ils pensent, ils vivent comme ils l'entendent, mais j'ai l'impression qu'ils ne me quitteront plus. Je leur apporte quelques déchets de viande, je remplis leur bol de lait, je leur ouvre les portes quand ils veulent entrer ou aller flâner dans le parc, je les caresse s'ils le désirent, je leur parle, s'ils me font l'honneur de monter sur mes genoux et de me regarder longuement de leurs yeux verts. J'ai le sentiment d'être utile à quelqu'un. Nécessaire, assurément pas, mais utile et apprécié quelquefois, et je finis par me contenter de peu.


Le trésor Chats de Paris, Autres bêtes,. Colette.

"Pauvre? Vous croyez que mon maître est pauvre, parce que ses contrevents vont choir au premier orage, parce que son mur chancelle, et que les vitres n'empêchent plus la bise d'entrer? Détrompez-vous mon maître est riche. Ne voyez-vous pas qu'il a, fidèle et fourrée d'hermine, lumière d'un logis sans feu, chaleur d'un lit sans duvet - qu'il a sur sa fenêtre ce bien inestimable, cet éclatant démenti: Une chatte blanche?"
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La fleur Chats de Paris, Autres bêtes, Colette.


"Oh! La jolie fleur dans la vitrine!
- Oui c'est un petit pavot blanc.
- je ne vous parle pas des petits pavots, je vous montre la fleur d'en bas, tachetée de clair et de sombre, veloutée, avec deux gouttes de rosée qui brillent, et de grandes étamines blanches pointues...Tiens je me trompais, ce n'est pas une fleur, c'est un chat.
-Non, non, vous aviez raison, poète: c'est une fleur."


Noir Autres bêtes, Chats de Paris, Colette

"Noir dans le noir. Plus noir que le noir. Plus noir que le combat de nègres à minuit dans une cave. Je n'ai pas besoin, pour disparaître, de me cacher; je cesse seulement d'exister, et j'éteins mes phares. Mais je fais mieux encore. Je dépose mes deux phares d'or au ras du tapis, flottants dans l'air, visibles et insaisissables, et je m'en vais à mes affaires... "C'est de la magie? Mais bien sûr. Croyez-vous qu'on soit noir à ce point, sans être sorcier?"


Chathérapie Thérèse Fichefet

J'avais 2 chats, la mère et le fils. Ce jour là, ils semblaient guetter mon arrivée, assis en parallèle sur le seuil de la porte, leurs yeux verts fixés dans l'attente. Ils m'accueillent. Ils ont accompagné tous mes pas en silence, ils ont attendu que je m'allonge, pour se coucher sur moi. Ils n'avaient pourtant pas accès à la chambre, ils n'étaient jamais venus sur mon lit! Ils ont recommencé ce manège pendant plusieurs jours, jusqu'à ce que j'aille mieux... Ce poids de tendresse de chat, posé sur mon cœur si lourd, m'a porté un très rare réconfort. Leur ronronnante chaleur m'a envahie et apaisée. Je suis sûre que c'est leur présence affectueuse, consentante et discrète qui m'a fait passer au large du désespoir.
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Un chat Judy Gardiner

Les chats sont les seuls êtres vivants à se savoir égaux aux hommes. Non pas supérieurs, comme le pensaient les anciens égyptiens, ni inférieurs comme la plupart d'entre nous persistent à le croire. Juste égaux. Tous les chatons naissent le sachant et les chats, ne se souciant pas de nos hésitations pour l'une ou l'autre théorie socio-philosophique -eux qui ont forgé leurs opinions à propos de presque tout il y a plusieurs millions d'années- ne voient pas de raison à se creuser les méninges avec de telles questions à une date si tardive.


Ménagerie intime Théophile Gautier

Acquérir l'amitié d'un chat est chose difficile. C'est un bête philosophe, étrange, tranquille, tenant à ses habitudes, amie de l'ordre et de la propreté et qui ne place pas son affection à l'étourdie: il veut bien être votre ami si vous en êtes digne, mais non pas votre esclave. Dans cette tendresse, il garde son libre arbitre et il ne fera pas pour vous ce qu'il juge déraisonnable; mais une fois qu'il s'est donné à vous, quelle confiance absolue, quelle fidélité d'affection! Il se fait le compagnon de vos heures de solitudes, de recueillement et de travail. Il reste des soirées entières, filant son rouet, heureux d'être avec vous, et délaissant la compagnie des animaux de son espèce. En vain des miaulements retentissent sur le toit, l'appelant à une de ces soirées de chats où le thé est remplacé par le jus de hareng saur, il ne se laisse pas tenter et prolonge avec vous sa veillée. Si vous le posez à terre, il regrimpe bien vite à sa place avec une sorte de roucoulement qui est comme un doux reproche.

Chat Plume Anne Hébert

Avoir un chat à la maison, pour moi, c'est un enrichissement. Quand je travaille, j'ai l'impression qu'il s'intéresse à ce que je fais. Dès que je m'installe, il accourt. L'odeur de l'encre ou celle des feuilles de papier, ça l'intéresse. Il s'installe sur le paquet de feuilles, ce n'est pourtant pas très confortable. Sa compagnie demeure discrète, délicate, il n'est pas envahissant. Parfois dans la journée, il va se coucher dans les rayons du soleil. Quand il a trop chaud et qu'il en a marre, il revient. Il essaie de prendre le stylo. Si je tape à la machine il essaie d'attraper les touches au vol. Ce qu'il préfère par dessus tout c'est s'étaler sur mon manuscrit, sous la lampe, de toute sa longueur. Ca ne m'agace pas. Ca n'est pas que je sois patiente. Je trouve ça charmant.
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Chats en particulier et autres Doris Lessing

Ses oreilles, légèrement frangées d'un blanc qui semblait argenté, se dressaient et bougeaient d'avant en arrière, sentant, écoutant. Son petit visage, en alerte, tournait très légèrement à chaque nouvelle sensation. Sa queue remuait dans une autre dimension comme si son bout captait des messages inaccessibles à ses divers organes. Elle s'asseyait en équilibre, légère comme l'air, regardant, écoutant, ressentant, reniflant, respirant, toute entière, poils, moustaches, tout, dans une vibration délicate. Si le poisson est le mouvement de l'eau qui s'incarne et lui donne sa forme, alors le chat est le diagramme, l'empreinte de la subtilité de l'air.


Un chat Pierre Loti

Un chat qui me regarde... il est là, tout près, sur une table: il avance sa petite tête obscurément pensante où doit se faire en ce moment, quelque lueur inaccoutumée; tant qu'il a entendu aller et venir autour de lui des domestiques ou des gens quelconques, il s'est dédaigneusement tenu à l'écart sous un fauteuil, car je suis l'unique ayant la permission de caresser sa robe toujours immaculée. Mais, dès qu'il m'a senti seul, il est venu et s'est assis bien en face pour soudainement prendre une de ces expressions profondes comme il en passe de temps à autre dans le regard de ses pareils - bêtes contemplatives, bêtes énigmatiques. Ses yeux jaunes fixés sur moi sont grand ouverts, dilatés par un effort intérieur pour interroger et essayer de comprendre : "Qui es tu, en somme, demande-t-il, toi à qui je me confie? Qu'est-ce-que tu vaux? Qu'est-ce-que tu penses et qu'est-ce-que tu fais dans ce monde?". Dans notre ignorance de tout, dans notre impuissance à rien savoir, quel étonnement, et peut-être quelle terreur il y aurait à pénétrer par les étranges fenêtres de ses yeux, jusqu'à l'inconnaissable de ce petit cerveau caché derrière. Oh ! si l'on pouvait, rien qu'un instant, penser à sa place, et ensuite se souvenir, quelle solution subite et décisive, pleine d'épouvante sans doute, cela donnerait à des problèmes éternels. Nous sont-elles très inférieures et lointaines, ces bêtes familières ou bien terriblement voisines ? Est-il beaucoup plus épais que le nôtre, le voile des ténèbres qui leur masque la cause et le but des existences ? ... Mais non, jamais, jamais, il ne sera donné à aucun de nous de rien déchiffrer dans ces petites têtes câlines qui se font si amoureusement caresser, tenir et comme pétrir dans nos mains... A présent, il va s'endormir, le chat, et rêver sur cette table où j'écris, le plus près de moi possible ; il s'installe, non sans avoir deux ou trois fois allongé la patte en me regardant pour implorer la permission de descendre sur mes genoux. Et il se couche, la tête tendrement appuyée sur mon bras, avec un air de dire : "Puisque tu ne veux pas de moi tout à fait, souffre au moins cela qui ne te gêne guère." Quel mystère que l'affection des bêtes ! Tout ce que cela dénote d'élevé, de supérieur dans leurs âmes si inconnues ! Et comme je comprend Mahomet, au chant du Muezzin, qui l'appelait à la prière, rompant avec des ciseaux le coin de son burnous avant de se lever, par crainte de déranger son chat qui s'était installé dessus pour dormir.